Les grands distributeurs encaissent mal les crypto monnaies

Le bitcoin et l’ether sont peu acceptés par les commerçants @clesdudigitalLe bitcoin et l’ether sont peu acceptés par les commerçants de détail en France. Ces moyens de paiement effraient encore les financiers de la grande distribution. Et pourtant des solutions sécurisées pourraient rapidement les intéresser.

Volatile, sulfureux, et donc trop hasardeux. Même si la blockchain commence à les intéresser, les grands distributeurs se méfient de ses déclinaisons en crypto monnaies, bitcoin ou ether principalement. Et pourtant, selon le mensuel Capital, plus de 100 000 sites internet les encaisseraient déjà dans le monde. Avec quelques poids lourds aux États-Unis comme le voyagiste Expedia, le constructeur informatique Dell ou encore le e-commerçant Overstock. Microsoft, le seul, accepterait même les bitcoins partout dans le monde pour du contenu dans ses boutiques Windows et Xbox depuis 2014.

En France, rien de tout cela. Le site Bitcoin.fr en comptabiliserait près de 400, principalement dans le e-commerce des produits et services informatique, les bars et restaurants, les boutiques de textile. Un point commun : tous sont de petits e-commerçants et petits magasins « en dur ». « Ce sont généralement les gérants indépendants qui cherchent à s’équiper », note Alexandre David, président d’Eureka, une société spécialisé dans le conseil, la formation et le développement des blockchain.

Un énorme coup de pub

Le bitcoin et l’ether sont peu acceptés par les commerçants @clesdudigitalLa plus grande concentration géographique est localisée dans le passage du grand Cerf, une ancienne voie couverte du quartier Montorgueil dans le deuxième arrondissement de Paris. Là une vingtaine de petites boutiques de détail de type caviste, bar-restaurant, parfumerie, mercerie, opticien, textile, tentent l’aventure depuis novembre 2015, depuis que l’opérateur La Maison du Bitcoin leur a proposé de les équiper avec ce type de paiement. « Dès le lancement, cela a été un énorme coup de pub, s’enflamme Yann Robert gérant de Duke, une boutique de créateurs de mode, prêt à porter, papeterie et bagagerie. Depuis il réalise une quarantaine de transactions par an, principalement avec des clients américains ou européens venus spécialement dépenser des bitcoins.

« C’est marginal dans notre activité, mais en terme d’image c’est efficace ».

En face, Carine Revial, gérante de la mercerie Lil Weasel, affiche aussi sur sa porte le sticker bitcoin au-dessus de ceux de CB, Visa et Mastercard :

« J’exerce une vieille activité, mais cela n’empêche pas d’être actuelle et d’accepter un maximum de moyens de paiement ».

Le bitcoin et l’ether sont peu acceptés par les commerçants @clesdudigitalLa recette est simple : le paiement en bitcoin est effectué simplement en flashant un QRcode sur le Smartphone du client. Traitée sur la plateforme Paymium, la transaction est instantanément créditée sur le compte du vendeur, converti en euros. « Cela évite de subir la volatilité du taux de change », rassure Yann Robert.

Une transaction plus rapide qu’un virement classique

Côté grands groupes de retail on cite souvent Showroomprivé.com, deuxième site français de déstockage, ou le Bon Coin. Mais en réalité il est compliqué d’y opérer un achat en bitcoin. Surtout, il est difficile de connaître le nombre de transactions en crypto monnaies. Seule une source interne nous a précisé qu’il n’était pas significatif. Mais c’est sans doute un « pari sur l’avenir », précise-t-on chez Vente-Privée.com qui observe la tendance.

Depuis cet hiver, le nombre de paiements par bitcoin a fortement décliné après l’envolée de son cours face au dollar ou l’euro. C’est dû au fait que le bitcoin est devenu une valeur de spéculation ou de refuge pour certaines populations dont la monnaie nationale est faible ou peu fiable. Par contre les échanges en ether, dont la valeur est bien plus faible, continuent à progresser.

Il est possible que le bitcoin ou l’ether connaissent un développement de masse dans les prochaines années. Leur avantage est que la transaction est bien plus rapide qu’avec un virement classique hors zone Europe (c’est-à-dire non Sepa) et qu’elle est quasiment gratuite en théorie. Mais les frais de change avec une monnaie nationale peuvent parfois grever cet avantage par rapport à Paypal ou Visa.

Les experts de la Fevad suivent la tendance

Pour le moment, les dirigeants et les financiers des grandes enseignes de la distribution et du retail sont absents de ce moyen de paiement.

« Il y a encore un grand manque d’acculturation en France où l’on pense que le réseau Bitcoin reste bloqué à 7 transactions par secondes »,

Le bitcoin et l’ether sont peu acceptés par les commerçants @clesdudigitaldéplore Alexandre David. Mais certains, comme les Galeries Lafayette, s’y intéressent en secret. Plusieurs projets comme ceux de Lightning network ou de TenX éveillent leur attention. Le premier propose une surcouche multi crypto monnaies permettant d’augmenter le nombre de transactions par 10 000. De quoi rivaliser avec le réseau Visa par exemple. D’autant que le Lightning Network est aussi prévu pour traiter la demande croissante des transactions automatiques effectuées via les objets connectés (IoT). L’argument est simple, il est bien plus facile d’accepter des paiements Lightning que des paiements sur la blockchain du Bitcoin.

De son côté TenX, une startup singapourienne née en 2015 et incubée par Paypal a créé un portefeuille de crypto monnaies relié aux systèmes de paiements traditionnels par carte bancaire en partenariat avec Visa, via le système prépayé de WaveCrest. La solution permet de payer en monnaie locale dans plus de 50 pays et d’être débité directement en crypto monnaies, avec des frais transparents.

« Malheureusement, l’enthousiasme pour TenX a considérablement baissé depuis que WaveCrest a désactivé le service intermédiaire qui connecte TenX à VISA»,

notent les experts de la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) qui suivent la tendance pour l’ensemble de ses adhérents.