Marion Graeffly : engagée dans la sobriété numérique

Temps de lecture : 6 minutes

consommation numérique plus responsable @clesdudigitalCo-fondatrice de TeleCoop France, opérateur télécom coopératif pour les particuliers et les professionnels, Marion Graeffly œuvre en faveur d’une consommation numérique plus responsable.

Durant ses années lycée, Marion Graeffly se projetait volontiers dans une carrière de journaliste ou de prof. Informer et sensibiliser, voilà ce qui intéressait la jeune femme. Ou encore «chercher, investiguer et creuser un sujet». Autant de compétences journalistiques donc. Mais la «solitude» du métier la rebute. Et, surtout, elle prend conscience de son envie de «porter l’action» et de «mener des projets en collectif».

Après un bac scientifique, la Strasbourgeoise de naissance s’oriente vers une prépa HEC au Lycée International des Pontonniers, avant d’achever son parcours académique en école de commerce à Toulouse. Depuis toujours ou presque, Marion Graeffly se pose des questions sur le système économique qui l’entoure. «J’étais assez persuadée que le fait d’entreprendre simplement pour l’intérêt de quelques-uns ou l’intérêt particulier avait probablement ses limites. Mais je voulais comprendre le système de l’intérieur. L’économie a pris une telle place dans notre vie, notre façon de voir le monde, en tant que citoyen et au niveau de nos choix politiques… »

Durant son master, l’étudiante se spécialise en marketing international, avec un accent sur le digital. A cette époque, elle perçoit le marketing comme une manière de cerner les besoins des consommateurs et d’y répondre par une offre de produits et de services. Mais ses premières expériences la feront déchanter. «Je me suis rendue compte que les besoins réels des consommateurs n’étaient pas beaucoup pris en compte quand on était du côté commercial de la force. Nous étions plutôt centrés sur les profits de l’entreprise et la meilleure façon de développer le chiffre d’affaires. L’intérêt du client passait après».

consommation numérique plus responsable @clesdudigitalEn 2009, la jeune femme effectue son premier stage chez Fritec, distributeur à destination des professionnels du froid, du génie climatique et des CHR (cafés, hôtels, restaurants). Lors de réunions techniques, elle présente aux clients de l’entreprise des produits respectueux de l’environnement.

Puis sa carrière prend véritablement son envol lorsqu’elle est embauchée en tant qu’assistante chef de produit M&M’s et Malteser chez le géant Mars Chocolat France. Elle s’y occupe tout à la fois du report des performances de la marque, de l’élaboration et de la mise en place du plan marketing annuel, mais également des réseaux sociaux ainsi que de la fidélisation de la fanbase. «L’alimentaire m’a toujours beaucoup intéressée car j’ai l’impression que c’est le cœur des questions humaines. On a simplement besoin de se nourrir en premier lieu. Et puis Mars était l’une des rares entreprises familiales de cette taille, et surtout sur ce secteur.» Marion Graeffly loue également l’engagement sur le long terme de l’entreprise en matière d’impact environnemental. «Ils s’étaient engagés à une neutralité carbone du groupe de manière assez ambitieuse, avant tout le monde», glisse-t-elle. Et, cerise sur le gâteau, la société lui apporte une solide formation où la liberté d’entreprendre est encouragée. Elle endosse en outre des responsabilités au sein de l’écosystème de Mars. «L’entreprise avait un engagement assez fort sur l’ensemble de la chaîne de valeur que je trouvais intéressant. Et on ne parlait pas encore de RSE à l’époque.»

S’ensuit un contrat de sept mois chez Nescafé Dolce Gusto (du groupe Nestlé ndlr), là aussi en tant qu’assistante chef de produit. Elle s’attelle au suivi des ventes des différentes variétés de cafés. Elle monte des opérations spéciales et collabore avec les chefs de produits sur l’élaboration de nouvelles denrées. «Je faisais tout cela dans une petite business unit qui avait certaines libertés de fonctionnement.» Elle réalise alors que travailler dans l’agroalimentaire n’est plus une condition suffisante à son épanouissement professionnel. Désormais, trois critères apparaissent fondamentaux à ses yeux : l’engagement de l’entreprise, son caractère familial et sa capacité à gérer son business sur du long terme.

consommation numérique plus responsable @clesdudigitalArrive le moment où Mars la recontacte pour occuper un nouveau poste qu’elle accepte. Durant un peu plus de cinq ans, elle travaillera au marketing digital chez My M&M’s… jusqu’à assumer la responsabilité des objectifs de CA pour les marchés français, belge et hollandais. A l’occasion de cette expérience, la jeune femme s’interroge sur son usage de la voiture. «Je me suis questionnée sur le coût de ma voiture et son utilité réelle. J’étais esclave d’une façon de me déplacer. J’ai donc décidé de supprimer la voiture de ma vie.» Résultat : un gain de temps et d’argent, mais aussi une meilleure forme physique grâce la pratique du vélo. Marion Graeffly rompt ainsi symboliquement avec le «système» qu’elle dénonce.

«J’ai eu par la suite un gros problème de santé. Je me suis dit : «la vie est trop courte, il faut que tu fasses ce que tu penses être la meilleure chose pour toi et les gens qui t’entourent. J’avais postulé au programme associé On Purpose (programme de transition de carrière destiné aux jeunes professionnels ndlr).» Le principe ? Une formation aux enjeux de l’économie sociale et solidaire (ESS) via deux expériences de six mois chacune dans des structures différentes. Admise, elle démissionne de Mars et déménage à Paris.

Marion Graeffly y signe un premier CDD en tant que chargée de développement auprès de l’ONG Planète Urgence. Cette dernière fusionnait alors avec une autre du nom de Ginko. «Mon objectif était à la fois d’organiser cette fusion d’un point de vue administratif, juridique, mais surtout d’un point de vue RH.» Parallèlement à sa mission de conduite du changement, elle travaille au lancement d’un nouveau CRM. Dans ce cadre, des volontaires sont envoyés à l’étranger pour favoriser la montée en compétences d’associations. «Il y avait énormément de relationnel puisque près de 700 volontaires partaient tous les ans», relève-t-elle.

En 2018, elle prend la co-direction de la structure porteuse du programme, On Purpose. Cette entreprise a pour objectif le développement des talents pour des structures d’intérêt général. «Mon rôle était de trouver des missions aux associés qui nous rejoignaient. Je gérais aussi un programme de formation qui leur était dédié. Celles-ci étaient organisées tous les vendredis après-midi sur tous les sujets de l’économie sociale et solidaire.»

consommation numérique plus responsable @clesdudigitalSur une idée initiale de Pierre Paquot, l’un de ses anciens camarades de promo, l’entrepreneuse se joint à un projet d’opérateur télécom coopératif. S’y mêlent intérêt collectif et enjeux de sobriété numérique au service de la transition écologique. Ainsi naît TeleCoop, opérateur mobile d’un nouveau genre. TeleCoop appartient à ses sociétaires, c’est-à-dire à ses clients et à ses partenaires, parties prenantes des décisions importantes de la coopérative comme par exemple le choix des projets ou encore l’utilisation des bénéfices de l’entreprise. Pour faire prendre conscience de l’impact carbone du numérique, la coopérative a lancé un abonnement mobile unique pour lequel les abonnés sont facturés en fonction de leur consommation réelle de données. Engagement pris, aussi, de lutter contre l’obsolescence programmée par la mise à disposition de téléphones avec un haut niveau de réparabilité. Rapidement, Marion Graeffly est chargée du rayonnement de la coopérative par le développement de nouvelles offres pour les particuliers et pour les entreprises. Elle participe à son développement sur les plans marketing et communicationnel.

«La notion de collectif me plaisait. Nous sommes rapidement devenus un groupe de quatre puis cinq personnes. Il nous paraissait fondamental d’ouvrir ce projet à d’autres. Et puis il a été rapidement question de monter une coalition de coopératives : Les Licoornes. Nous inscrivions ainsi cet opérateur dans un écosystème qui était totalement dédié à la transition écologique et sociale, mais sur l’ensemble des secteurs d’activité dont ont besoin les citoyens.» L’association, dont le nom est un clin d’œil aux startups en hyper croissance valorisées à plus d’un milliard de dollars, réunit aujourd’hui une dizaine de coopératives parmi lesquelles : le Label Emmaüs, l’e-shop du Mouvement Emmaüs, Coop Circuits (une plateforme coopérative en open source pour vendre et acheter en circuit court des produits locaux), Citiz qui propose du partage automobile ou encore RailCoop, un opérateur ferroviaire de passagers et de marchandises pour tous les territoires. Le 6 avril dernier, elle a organisé une première campagne commune de levée de parts sociales en proposant à des citoyens de devenir sociétaires d’une ou plusieurs SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), et ce en souscrivant à une ou plusieurs parts sociales.

Pour Marion Graeffly, cette nouvelle aventure est, en somme, l’aboutissement de sa quête de sens.

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