
Deuxième édition parisienne du rendez-vous de rentrée du retail, NRF 2026 Retail’s Big Show Europe a ouvert ses portes ce mardi 15 septembre à Paris Expo Porte de Versailles. Sous la bannière « The Next Now », l’événement affiche de grandes ambitions et une intelligence artificielle omniprésente sur les stands.
C’est Jill Dvorak, senior vice president content de la National Retail Federation, la fédération américaine du commerce de détail co-organisatrice du salon, qui a lancé les hostilités en matinée de la deuxième édition parisienne du rendez-vous de rentrée du retail NRF Retail’s Big Show Europe. Son message ? Les mutations du commerce ne sont plus un horizon lointain, elles sont déjà à l’œuvre et doivent infuser dès maintenant les stratégies des enseignes. La keynote de Kate Ancketill, patronne du cabinet de prospective britannique GDR, a prolongé cette idée avec une formule qui a fait mouche : «Everyone should become a futurist.» Face à l’empilement de crises et de ruptures : IA, démographie, conflits dans le monde, crises énergétique et climatique, l’experte invite les entreprises à renoncer à prédire l’avenir pour privilégier une forme de résilience et de réactivité permanente… Tout en relativisant la saturation des annonces perpétuelles relatives à l’IA.
Sur l’IA agentique, dont elle met en avant la montée en puissance, Kate Ancketill pose une question qui a résonné dans les travées : si la technologie devient reproductible par tous, qu’est-ce qui continuera à distinguer une marque d’une autre ? Sa réponse tient en un mot : le discernement. L’exemple de Rolex, dont la valeur repose sur un univers et un désir plus que sur la seule performance technologique, ou celui de Jellycat, dont les boutiques transforment la peluche emblématique en expérience à partager, viennent l’illustrer.
Des allées qui cherchent leur rythme
Sur le terrain, l’ambiance ne colle pas toujours au discours volontariste de la tribune. En matinée, plusieurs allées du salon n’affichaient pas la densité que laissait espérer l’argumentaire des organisateurs. Du côté des conférences, certains ateliers thématiques, notamment ceux consacrés à des cas d’usage IA très pointus, ont peiné à réunir un auditoire à la hauteur de leur ambition exposée, tandis que des rendez-vous sur le paiement faisaient le plein. Cette respiration inégale dit quelque chose du secteur lui-même : un e-commerce et un retail encore en phase de tâtonnement permanent face à l’intelligence artificielle, où l’enthousiasme des discours n’a pas toujours d’équivalent immédiat dans les usages concrets des visiteurs. Aussi, question redondante posée par des retailers au sein de plusieurs ateliers : l’IA a un coût qui doit être pris en compte dans tout projet expérimental et en déploiement. L’intelligence artificielle vit donc son retour à la réalité budgétaire des marques et distributeurs.

L’IA, fil rouge majeur des stands
Difficile pourtant de nier l’omniprésence de l’intelligence artificielle chez les exposants, mode et beauté en tête. Plusieurs jeunes pousses illustrent cette vague. La française Alpic connecte les catalogues e-commerce à des agents conversationnels comme ChatGPT ou Claude via le protocole MCP, une technologie déjà adoptée par Louis Vuitton, Prada ou Booking. L’américaine Coframe automatise l’optimisation du taux de conversion en générant des variantes de pages sans A/B testing manuel, pour des clients comme Vodafone ou Orange. YesPlz AI remplace la barre de recherche textuelle par des visuels interactifs pour mieux cerner l’intention d’achat.
En amont de la vente, la londonienne Maeve AI aide les équipes achat et merchandising à ajuster coupes, matières et coloris à partir des historiques de vente, déjà chez Boden. La barcelonaise Artiso AI centralise l’idéation créative et la conception de visuels de campagne pour des marques comme Deichmann. Le paiement et l’infrastructure ne sont pas en reste. Verifone y détaille une stratégie de partenariats ouverts, associant 1Point6 pour l’acquisition bancaire côté e-commerçants et Monext pour la distribution en magasin. Allied Telesis met en avant une plateforme de gestion réseau censée fiabiliser les boutiques connectées, rappelant qu’une panne d’infrastructure reste la première cause de temps d’arrêt des caisses. Le suédois Pricer, de son côté, communique sur des gains de ventes mesurés en point de vente grâce à ses étiquettes électroniques enrichies, jusqu’à 4,8 % de hausse, selon une étude menée avec une enseigne britannique dont le nom n’est pas divulgué.
Une manifestation qui se cherche, une représentativité à nuancer
Sur le papier, les chiffres délivrés par l’organisation le 14 septembre indiquent que l’évènement marque le pas : 6000 professionnels attendus venus de plus de 60 pays (12 000 l’an dernier, à clôture), 150 intervenants (ils étaient 200 en 2025) et plus de 300 exposants répartis sur les halls 4 et 6 de Porte de Versailles (525 pour l’édition 2025), pour plus de 100 sessions au programme.
L’offre couvre un large spectre : data et IA, e-commerce, technologies en magasin, paiement, logistique ; mais demeure, comme souvent sur ce type de salon, dominée par les grands éditeurs et intégrateurs déjà installés. Les jeunes pousses les plus visibles ont à faire leur preuve comme l’arrivée remarquée de robots humanoïdes en logistique et livraisons, très discrets l’an dernier. La diversité géographique affichée comme mondiale masque une réalité plus classique : la France et l’Europe de l’Ouest restent largement majoritaires parmi les exposants.
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