Après avoir enchainé les projets de recherche, produit de nombreuses publications, fait ses premières armes d’entrepreneur en Thaïlande, Fabrice Alizon dirige Pixalione tout en restant fidèle à sa vocation de chercheur.
Fondateur de Pixalione en 2007, Fabrice Alizon a d’abord l’âme d’un chercheur. Son entreprise est issue d’un projet de recherche portant sur l’«Information Retrieval», un champ disciplinaire dont l’objet d’étude est la technologie des moteurs de recherche. C’est donc tout naturellement qu’elle se positionne aujourd’hui comme une spécialiste du «Search Marketing» (SEO, SEA, Data) et se différencie de ses compétiteurs par la présence d’un important département de R&D dans lequel cohabite une quinzaine de chercheurs.
Pourtant, la voie n’était pas toute tracée pour cet entrepreneur. «Certains sont persuadés que j’étais super bon à l’école. En fait, j’étais un cancre absolu. Et puis, à force que mon père – qui m’a quand même envoyé en pension chez les moines – me répète que j’allais finir clochard, je ne sais pas… cela a commencé à m’énerver un peu». Cet énervement va en fait se transformer en un puissant moteur d’action. Fabrice Alizon enchaine alors les projets de recherche. Il passe sa thèse à Centrale Paris (aujourd’hui Centrale-Supélec), intègre le groupe Renault pour lequel il développe un moteur de recherche appelé R.E.U.S.E, qui permettait de réutiliser les solutions du groupe automobile plutôt que de les redévelopper, et part trois ans aux États-Unis comme chercheur dans un consortium d’universités. «J’ai eu la chance incroyable de faire un peu ce que je voulais sans enseigner. Souvent, pour les chercheurs enseignants, il est très compliqué de préparer les cours et de faire de la recherche en parallèle. Moi, j’étais vraiment chercheur sans contrainte.»
Ce temps disponible va lui permettre de signer près de 40 publications, pour d’importantes conférences, ou revues internationales. «Je travaillais sur les notions de commonalité/diversité et sur les moteurs de recherche ontologiques. Plutôt que de chercher un siège, une chaise par exemple, tu vas écrire «je cherche une assise avec un dossier et quatre pieds». C’était pensé comme un moteur de recherche.»
La création d’un premier logiciel en Thaïlande
Mais le chercheur qui en «a marre de se faire piquer ses idées aux États-Unis», se met en quête d’un nouveau pays d’accueil pour développer une solution logicielle capable de lancer une approche de SEO (Search Engine Optimization ou référencement naturel). «Les États-Unis, c’était trop cher. En France, j’ai fait un dossier à l’ANVAR (L’Agence nationale de valorisation de la recherche) qui a été rejeté parce que je ne me suis pas très bien exprimé et qu’ils n’ont pas compris. Je me suis fait bouler.»
Sur les conseils d’un ami Taïwanais également chercheur, il décide de poser ses valises en Thaïlande «avec un billet sec». Le coût des développeurs est alors moins élevé qu’en Inde et le turn-over y est moins important. Il y sera chaleureusement accueilli par le « Board of Investment » du pays alors en manque de projets un peu singuliers comme le sien. Disposant de bonnes conditions financières pour démarrer et d’une grande liberté d’action, Fabrice Alizon «fait du dev, des trucs vraiment sympas avec des choses basées sur des algorithmes génétiques, qui sont devenus complètement has-been aujourd’hui. Mais à l’époque, il y avait des choses qui étaient intéressantes à faire sur le sujet», se souvient-il.
Sa «micro-société», nommée déjà Pixalione, une contraction de «Pixel» et de «lionne», est située non loin de Bangkok, au sein du Software Park, réunissant une cinquantaine d’entreprises spécialisées dans le génie logiciel. Elle aura même l’honneur de recevoir le ministre de l’économie thaïlandaise avec la création du premier outil de Pixalione : Pixanalyzer. «En parallèle, je menais des missions pour le roi thaïlandais qui avait une fondation pour aider les agriculteurs. Je réalisais des simulations de flux dans leurs usines pour arriver à minimiser le temps et maximiser la productivité. Cela nous a permis de gagner un peu d’argent».
Cap sur le marché du « Search Marketing »
Après deux années en Thaïlande, il crée la société en France et se lance aussi dans la création de sites Internet pour financer ses activités et commence à imaginer son moteur de recherche inversé. «Le terrain de jeu, c’était forcément Google. Nous avions développé un premier logiciel qui s’appelait PixAnalyzer qui a plutôt bien fonctionné et j’ai voulu aller plus loin en 2011 en imaginant un outil qui sera utilisé par nos clients.» Monitoring voit le jour et PixAnalyzer en devient l’un des modules.
En 2013, décision est prise d’arrêter la création de sites Internet pour se consacrer sur la partie référencement. «Nous avons commencé à avoir des très belles performances sur pas mal de clients. A l’époque, tout le monde bricolait plutôt pour essayer de flouer l’algo de Google.» Le dirigeant continue de recruter des chercheurs et son pôle R&D se renforce peu à peu. A ses débuts, Fabrice Alizon qui n’a pas du tout la fibre commerciale se fera violence pour signer des premiers contrats. « J’ai appelé des prospects. Encore, encore, encore. J’étais vraiment dans un mode survie. La partie commerciale, en France, elle a été très dure. Et puis après, nous nous sommes organisés et structurés». Les tous premiers contrats sont signés avec des TPE qui ont besoin de sites internet. «Nous en avons fait beaucoup et cela a payé nos premiers logiciels.»
Un Lab avec une quinzaine de chercheurs
L’entreprise grossit en mettant toujours beaucoup d’énergie sur la partie R&D. Aujourd’hui, un comité interne avec des profils de commerciaux, chercheurs, consultants, qui connaissent les attentes et les besoins du marché, décident des outils à développer. «Je ne décide plus tout seul», affirme le dirigeant qui tient à garder son titre de directeur de recherche du Lab. Avec son laboratoire justement et à l’ère de l’IA, Pixalione estime avoir une longueur d’avance par rapport à d’autres concurrents. «Beaucoup d’agences vont disparaître. Il faut des outils qui ont toujours une grosse valeur ajoutée et nous avons mis la gomme sur quatre outils dont « Aqisis », un outil SEO, SEA (Search Engine Advertising ou référencement payant, ndlr) et Web Analytics, sur « Typix Neo » qui permet d’organiser et de suivre la création de pages SEO, de fiches produits ou de contenus éditoriaux, sur « Search AI » pour maîtriser la visibilité IA, et enfin sur « Quantum », un nouvel outil d’optimisation des campagnes SEA et SMA (Social Media Advertising).»
Dans la data, l’éditeur propose également l’outil « Nexalytics ». «Les outils que nous sortons aujourd’hui ont de l’intelligence embarquée. Il y a pléthore d’outils qui font de l’optimisation de visibilité. Mais par nature, ils sont déjà biaisés. Parce que, comme ils n’ont pas d’intelligence, ils vont la chercher dans les LLM», estime Fabrice Alizon. «Quantum est capable de faire des analyses et des recommandations qu’aujourd’hui, un humain ne peut pas faire.»
Construire une nouvelle agence 3.0
Pixalione compte aujourd’hui un effectif d’une centaine de personnes et enregistre un chiffre d’affaires en hausse de 36%. Récemment, le Lab de Pixalione a signé un partenariat avec le professeur Wang, directeur du laboratoire AI & Robotics d’Harvard University à Boston, avec l’ambition de «faire encore progresser ses technologies en SEO/GEO, Paid Media et Data, mais aussi explorer de nouveaux champs de recherche, comme la résolution de problèmes complexes par des systèmes multi-agent.» Les premiers résultats sont attendus avant la fin de l’année. «C’est moi qui suis allé le voir et je suis comme un gosse», sourit Fabrice qui a aussi candidaté pour pouvoir utiliser le supercalculateur Jean Zay, le plus puissant supercalculateur du monde académique en France.
« Nos chercheurs sont assez autonomes car nous travaillons ensemble depuis longtemps. Mais quand ils viennent me voir, c’est qu’ils ont besoin de valider un concept. Et je travaille beaucoup sur ces sujets d’orientation, de résolution de problème, et également sur la réflexion de cette agence 3.0. Je pense qu’il va y avoir un « switch » dans les prochaines années. Mon travail, dans cette zone de turbulence, est de réfléchir justement à la prochaine agence. Le consultant est en train de mourir. Mais par contre, le pilote de comptes est en train de naître. »
Le dirigeant n’oublie pas son père qui l’a secoué dans ses jeunes années. « Mon père doit être assez fier de moi, mais sans le montrer. J’ai bossé avec lui également. Il fait partie, d’ailleurs, de l’aventure. Il m’aide beaucoup.»
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