Une grande majorité de recruteurs utilisent l’intelligence artificielle pour gagner du temps tandis que les candidats, qui font part de leurs inquiétudes face à cette nouvelle tendance, en font un usage massif pour rédiger leurs CV.
Les candidats à l’embauche s’inquiètent. Leurs CV sont-il encore lus par un humain ? Ils sont presque deux tiers (62%) à craindre que c’est désormais l’IA qui opère la sélection. Et ils n’ont pas tort puisque 93% des recruteurs déclarent utiliser l’IA en 2026. Ils étaient 78% en 2025, selon une enquête réalisée par la société Hellowork auprès de 2 532 candidats et 695 recruteurs. Hellowork fait partie du groupe Advenn, qui intervient sur le marché de l’emploi, du recrutement et de la formation.
L’enquête montre un paradoxe saillant. Les candidats inquiets face à l’IA dans le recrutement… utilisent eux aussi l’IA pour présenter leur candidature sous son meilleur aspect. Ils sont 61% à y avoir recours en 2026, contre 50% l’an passé. Combien seront-ils l’an prochain à s’épargner la corvée de rédaction manuelle de chaque candidature ? On parie sur les trois quarts.
L’IA est surtout utilisée pour préparation et la personnalisation des candidatures (41,4%). Sans pour autant tout confier à la machine, quatre candidats sur cinq (80,3%) déclarent n’avoir jamais envoyé une candidature générée par l’IA sans la modifier. Ce qui laisse apparaitre en creux un candidat sur cinq qui a entièrement automatisé la génération et l’envoi des candidatures avec l’IA et sans relecture.
Et d’un autre côté, cet usage massif de l’IA provoque la standardisation des CV, observée déjà par trois quarts des recruteurs. A force de vouloir personnaliser la candidature par l’IA, les candidats obtiennent un résultat inverse. La techno montre ici ses limites. D’autant plus que beaucoup doivent faire appel au même moteur, leader du marché, en version gratuite.
L’IA, outil de productivité
En face, les recruteurs font appel à l’IA, comme outil de productivité plus qu’un outil de sélection. Eux aussi ont des tâches mécaniques à optimiser. Quatre recruteurs sur cinq (81,1%) utilisent l’IA pour rédiger les offres d’emploi. Celles-là mêmes pour lesquelles ils sont grassement rémunérés par les entreprises clientes. Et 85,6% des recruteurs citent le gain de temps comme le bénéfice principal de l’outil. En revanche la présélection ou le tri automatisé des candidatures reçues, celui qui inspire des craintes aux candidats, n’est mis en œuvre que par 8,5%, de moins selon leurs déclarations. Et pas plus ? Cette prestation faisant aussi partie de la valeur ajoutée des cabinets de recrutement, certains ne voudraient peut-être pas afficher qu’ils la sous-traitent à l’IA.
L’ensemble est donc frappé de ce paradoxe : les candidats et les recruteurs voient dans l’IA un outil permettant d’améliorer leurs propres pratiques mais acceptent mal un usage similaire mis en œuvre par la partie en face. Dans cette configuration de défiance réciproque, «Candidats et recruteurs voient leur propre usage de l’IA comme une aide, et celui de l’autre comme un risque», résume Loïc Le Terrien, directeur exécutif de Hellowork. Pour lui, «il faut une transparence totale, mais bien formulée : dire clairement où l’IA intervient, et où elle n’intervient pas. Il n’y a pas de tri automatique, ce n’est pas une IA qui lit un CV pour le refuser , ».
Ce n’est donc pas l’IA qui refuse un CV… pour l’instant. Car un autre phénomène va bientôt pointer son nez : l’appétence naturelle de l’IA pour la production de l’IA. Les chercheurs l’ont déjà identifié : une IA qui analyse des textes rédigés par l’humain et par une autre IA, donne le plus souvent préférence à ceux rédigés par l’IA car davantage correspondants aux critères de l’IA. Bientôt la rédaction de la candidature par l’IA serait peut-être le passage obligé pour que celle-ci soit bien référencée par l’IA du recruteur. Et l’humain dans tout ça ?
Je souhaite lire les prochains articles des Clés du Digital, JE M’INSCRIS A LA NEWSLETTER

Laisser un commentaire