La guerre déclenchée entre les États-Unis, Israël et l’Iran provoque déjà de fortes perturbations dans la chaîne logistique mondiale. Le conflit qui menace le transport maritime international pourrait renchérir le coût des marchandises… et raviver l’inflation. Dans ce contexte incertain, les plateformes technologiques de suivi du transport deviennent essentielles pour les entreprises.
Après plusieurs années de dérangements liées à la pandémie et aux tensions en mer Rouge, l’année 2026 semblait marquer un retour progressif à la normale pour les acteurs du commerce international. Les routes maritimes du canal de Suez et de la mer Rouge commençaient à rouvrir, et certaines barrières commerciales américaines étaient en train d’être remises en cause. Mais la guerre au Moyen-Orient a brutalement changé la donne.
Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial et pour le transport de pétrole, est redevenu une zone à haut risque. Plusieurs navires y ont été attaqués ces derniers jours. Face à cette situation, certaines grandes compagnies maritimes refusent désormais d’envoyer des conteneurs vers plusieurs ports du Moyen-Orient. Conséquence immédiate : des cargaisons se retrouvent bloquées ou redirigées vers d’autres ports. Pour les importateurs, cela signifie devoir récupérer des conteneurs parfois déposés en Europe ou en Afrique du Nord, par exemple en France ou à Tanger, et gérer eux-mêmes leur réacheminement. Chaque jour d’attente engendre en outre des frais de stockage supplémentaires qui finissent généralement répercutés sur les consommateurs. Dans le même temps, le trafic maritime en mer Rouge, qui avait timidement repris après les attaques des rebelles houthis, est à nouveau interrompu. Les navires sont contraints de contourner l’Afrique, un détour qui rallonge considérablement les trajets. Pour les logisticiens, l’impact est double : les coûts de transport augmentent et le nombre de rotations annuelles des navires diminue, ce qui réduit la capacité globale du marché.
Visualiser en temps réel les déplacements des porte-conteneurs
Face à contexte incertain, les plateformes technologiques de suivi du transport se mobilisent. Flexport, prestataire américain fondé et dirigé par Ryan Petersen, qui annonce servir plus de 10 000 clients dans plus de 100 pays, a par exemple lancé récemment un outil baptisé Atlas. Celui-ci permet de visualiser en temps réel les déplacements des porte-conteneurs dans le monde. Les données montrent déjà un ralentissement marqué du trafic dans plusieurs zones du Moyen-Orient. Certains navires restent regroupés autour de grands hubs logistiques, comme le port de Jebel Ali, aux Émirats arabes unis, proche du détroit d’Ormuz. Toutefois, ces outils ont aussi leurs limites : de nombreux navires désactivent désormais leurs transpondeurs ou manipulent leurs signaux de localisation afin d’éviter d’être identifiés comme cibles potentielles.
Au-delà de la simple visualisation des flux, Flexport développe une suite d’outils d’analytique et d’intelligence artificielle pour que les clients interrogent directement leurs données logistiques en langage naturel afin d’obtenir des analyses sur la performance de leur supply chain. Les entreprises peuvent générer des rapports ou créer des tableaux de bord sans compétences techniques particulières. Parallèlement, sa plateforme «Control Tower» offre une visibilité de bout en bout sur les flux, y compris lorsque les marchandises sont transportées par d’autres prestataires logistiques. L’objectif affiché : transformer la supply chain en système piloté par la donnée, capable d’anticiper plus rapidement les ruptures logistiques.
Le spectre d’une nouvelle inflation mondiale
Au-delà des cargaisons bloquées, le principal risque concerne l’énergie. Si les tensions persistent dans le détroit d’Ormuz, une part importante du pétrole mondial pourrait être perturbée, ce qui ferait grimper rapidement les prix. Selon Ryan Petersen interrogé dans le média américain Wired, une pénurie énergétique aurait un impact économique bien plus large que les retards logistiques actuels. Elle pourrait déclencher une forte hausse des prix à l’échelle mondiale.
Ironiquement, ces tensions géopolitiques surviennent alors que Flexport avait placé l’intelligence artificielle au cœur de sa stratégie technologique pour 2026. L’entreprise déploie notamment des systèmes d’IA pour automatiser les procédures douanières et vérifier les documents de transport. Un système récent d’«auditeur IA» a, par exemple, aurait permis de réduire le taux d’erreurs dans les dossiers douaniers à seulement 0,2 %, contre près de 2 % auparavant.
Mais pour l’instant, les priorités sont ailleurs. Pour les acteurs du commerce international, la guerre remet au premier plan une réalité bien connue depuis la pandémie : la chaîne d’approvisionnement mondiale reste extrêmement vulnérable aux chocs géopolitiques. Et lorsque les routes maritimes se grippent, c’est l’ensemble de l’économie qui finit par en payer le prix.
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