Amandine De Souza : une énergie à toute épreuve

Temps de lecture : 4 minutes

directrice du BHV et d'Eataly Paris @clesdudigitalHonneur aux femmes encore si peu représentées aux postes de commandes et dans cet univers du « retail tech », cette semaine nous dressons le parcours et donnons la parole à Amandine De Souza, directrice du BHV Marais, d’Eataly Paris et des achats Maison.

Amandine De Souza n’a pas peur de soulever des montagnes. Une force sans doute héritée de son enfance passée à Grenoble, au pied des Alpes. Aujourd’hui directrice générale du BHV-Marais et de Eataly Paris Marais et des achats Maison, la dirigeante est aussi née dans le commerce, bercée au milieu des disques vinyles de Krok’oreille, le magasin de son père. «J’ai des parents qui m’ont toujours bien accompagnée, j’aimais bien l’école et j’étais plutôt bonne élève», se souvient-elle. Arrivée à Paris alors que son père grimpe les échelons dans une maison de disques pour en devenir le directeur général, Amandine De Souza choisit une prépa et un cursus d’école de commerce qui pourront lui ouvrir de nombreuses portes et le «champ des possibles».

« Je n’avais pas de passion particulière mais j’étais curieuse de tout et je ne voulais pas être mise dans un carcan». Sa première expérience se fera chez Bain & Company, un cabinet international de conseil en stratégie et management, dont le siège est situé à Boston aux États-Unis. Rapidement, elle y effectue de premières missions de conseil pour l’achat de sociétés dans le secteur de la distribution et des biens de consommation, dans l’industrie et les services, et elle partira quelques mois à Singapour dans le cadre d’un échange. Mais le travail sur le terrain, les missions plus opérationnelles lui manquent. «J’ai ressenti le besoin d’approfondir les problématiques très diversifiées de cet univers de la distribution, de la logistique, de la supply chain, un secteur qui est en transformation permanente». Casino qui lui offre un poste de direction à la centrale d’achat sera son nouveau challenge. «Je voulais un rôle opérationnel et Casino à répondu à toutes mes attentes. J’y suis arrivée avec beaucoup d’humilité car j’étais jeune et j’encadrais une équipe d’une cinquantaine de personnes avec beaucoup plus d’ancienneté et d’expérience. C’était une nouvelle BU. L’équipe m’apportait ses compétences métier et produit. Je les accompagnais et j’essayais d’apporter une vision».

Amandine De Souza y dirigera les catégories non alimentaires comme la maison, les loisirs, le multimédia et le textile. «J’ai fait la tournée des magasins. Je négociais avec les marques, définissais les prix de vente. Je gérais aussi la marque propre. L’univers du non-alimentaire, avec toutes ces catégories très diversifiées, avec ses articles saisonniers et permanents, me passionne». Ses nouvelles missions à la direction internationale marchandise du groupe Casino la feront ensuite voyager à travers le monde et visiter les bureaux de sourcing dans une dizaine de pays. «J’ai appris à négocier, à construire des collections». Mais Amandine De Souza n’a pas envie d’être «estampillée distribution alimentaire» et elle voit aussi le retail se transformer avec l’essor du e-commerce. S’il n’a pas encore conquis le marché alimentaire, il bouleverse déjà les modèles de la distribution spécialisée. Cette corde e-commerce qui manquait à son arc, elle la trouvera chez Westwing Home & Living, un pure-player de ventes privées de meubles et d’accessoires de décoration, d’origine allemande, incubé par Rocket Internet. «J’ai quitté un immense groupe pour une petite structure. Je dirigeais la France, entourée d’une équipe de jeunes collaborateurs. Je gérais les RH, la supply chain, l’entrepôt qui était internalisé. Le fonctionnement du site était en partie centralisé mais l’offre devait être adaptée à chaque marché».

Amandine De Souza reste trois ans chez ce pure-player avant de rejoindre le groupe Galeries Lafayette pour des missions plus ambitieuses : diriger le BHV et les achats Maison du groupe. «Le fil rouge de ce parcours, c’est la maison. J’ai eu alors le privilège de diriger un magasin mythique, de lancer le site e-commerce et de toujours gérer les relations avec les fournisseurs, une casquette que j’adore. J’ai eu aussi la chance de me voir confier la direction d’Eataly, un concept que je connaissais et que j’attendais impatiemment à Paris».

Un grand écart permanent

Membre du comité de direction des Galeries Lafayette, Amandine De Souza jongle avec ses différentes missions sans jamais avoir de journée type. «J’essaie de passer beaucoup de temps avec mes équipes, d’organiser de nombreux rendez-vous en « one to one ». Il s’agit aussi de faire le grand écart entre des décisions court-termistes et de plus long terme à l’horizon de trois à cinq ans. J’aime cette double temporalité. Embarquer les femmes et les hommes dans ces projets de transformation, dans tous ces challenges est un défi du quotidien. Qui peut prévoir ce que seront les prochaines années ? Il faut sans cesse se remettre en cause. Les hypothèses qui n’ont pas été validées il y a six mois peuvent revenir sur la table. Comment donner un cadre et un confort aux équipes pour qu’elles se projettent ? Il faut accompagner, former».

Ses équipes aujourd’hui, ce sont environ 1500 personnes au BHV, 200 chez Eataly et une cinquantaine de collaborateurs aux achats. «Tout le monde se pose la question de l’avenir des grands magasins. Nous devons tester plein de choses et j’aimerais que l’on soit plus libéré, moins « top down »». Pour se nourrir, se tenir informée des nouvelles tendances Amandine De Souza compte sur ses amis-es et ex-collègues. Elle a aussi créé en 2017 un réseau de femmes dirigeantes dans le retail, baptisé sobrement «Retail Club». Elles sont une trentaine aujourd’hui à se retrouver quatre fois par an pour partager des modes de gouvernance, échanger sur des sujets stratégiques comme la RSE. Aujourd’hui son principal objectif est d’accélérer la transformation numérique du BHV, de faire croitre le site e-commerce, de moderniser l’enseigne et son infrastructure SI, d’apporter de nouveaux services et un parcours « sans couture » à la clientèle tout en tenant compte de la particularité du grand magasin avec la moitié des vendeurs qui sont des personnels rattachés aux marques. Il s’agit aussi de réduire l’impact environnemental.

La feuille de route, les projets sont ambitieux. «Je continue à apprendre. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir, peut être un projet « rupturiste », entrepreneurial ?». Amandine De Souza a de l’énergie à revendre. Et elle trouve encore un peu de temps pour courir, se ressourcer avec des séances de yoga, en attendant d’organiser un prochain voyage au Japon en famille, avec son mari et ses deux enfants. «J’adore la culture japonaise, à la fois proche, moderne, riche et que l’on comprend mal». Une culture qui est aussi source d’inspiration pour la jeune dirigeante, en veille permanente sur les nouvelles tendances sociétales et de consommation.

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