Taxe sur les petits colis : deux euros pour rien ?

taxe sur les petits colis contournée @clesdudigitalLa taxe sur les petits colis, entrée en vigueur le 1er mars 2026, est déjà contournée, légalement et massivement.

Un décret publié au Journal officiel du 25 avril précise les modalités de déclaration et de paiement de la taxe sur les petits colis auprès de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), pour les cas où la taxe n’est pas perçue par les douanes. Les entreprises redevables devront s’acquitter de leurs obligations chaque mois, et non annuellement. Ce texte referme le cadre réglementaire de la taxe entrée en vigueur le 1er mars : 2 euros par article importé hors Union européenne pour tout colis d’une valeur inférieure à 150 euros, visant notamment explicitement les plateformes chinoises Shein, Temu et AliExpress.

Mais dès le 2 mars, les avions-cargos de Shein et Temu ont été détournés vers Liège, Bruxelles et Amsterdam. Les marchandises rejoignent ensuite la France par camion, en franchise de taxe grâce à la libre circulation des marchandises au sein de l’UE. Le surcoût logistique pour les plateformes est estimé à environ un centime par article, négligeable à l’échelle des volumes traités.

Les chiffres sont éloquents. Roissy–Charles-de-Gaulle a perdu une cinquantaine de vols cargo par semaine et près d’un tiers de son trafic fret depuis début mars. Les déclarations douanières de petits colis à l’arrivée de CDG ont plongé de 92 % dès le 3 mars 2026 par rapport à la moyenne 2025, selon le groupe ADP. Sur l’autoroute A1, la contrepartie routière est déjà visible : environ 4 000 poids lourds supplémentaires circulent désormais sur les axes du nord de la France pour acheminer les colis depuis Liège et Bruxelles.

L’aéroport de Vatry  dans la Marne, dont 90 % de l’activité reposait sur le fret e-commerce, est quasiment à l’arrêt. «En 2025, plus de 2,8 millions de déclarations ont été enregistrées à Vatry et 20 millions d’articles ont été dédouanés pour un montant de presque 100 millions d’euros», indique Sandrine Ambach, directrice régionale des douanes pour France Bleu Champagne-Ardenne. Depuis, les déclarations de petits colis auprès des douanes françaises ont chuté de 90 %. Le bureau de l’aéroport, ouvert en juillet 2024 avec quatre agents, pourrait fermer : «Si la situation n’évolue pas, les quatre agents seront réaffectés ailleurs», a indiqué Jean-Luc Pepin, chef du pôle action économique de la douane.

Le précédent belge

La Belgique a vécu cette séquence avant la France. Quand l’Italie a été le premier pays européen à instaurer une taxe similaire, les plateformes ont immédiatement redirigé leurs flux vers Liège. «En 2025, on avait une moyenne de 3,6 millions de déclarations par jour. Pour janvier et février 2026, on est à 4,7 millions», constate Christian Van der Waeren, chef des douanes belges aux Échos. Résultat : les services de contrôle ne parviennent à inspecter que 0,006 % des colis quotidiens. «En moyenne, 30 % des colis que l’on contrôle présentent des problèmes : contrefaçon, produits dangereux pour les enfants, non-conformité réglementaire», ajoute-t-il. L’Italie a fini par suspendre sa taxe en mars, en attendant l’harmonisation européenne.

Le gouvernement français espérait 500 millions d’euros de recettes annuelles pour financer le renforcement des contrôles douaniers. Pour avoir les moyens de contrôler ce que les plateformes ne contrôlent pas elles-mêmes, 2 euros par article, c’est le montant que tous les Européens ont décidé. Ces recettes ont peu de chances d’être atteintes dans les conditions actuelles.

Les plateformes ne font pas que contourner. Elles anticipent. Shein a annoncé l’ouverture d’un entrepôt de 740 000 m² en Silésie (Pologne), à côté d’un premier site opérationnel depuis 2022. La stratégie est claire : importer en gros depuis la Chine, stocker sur le sol européen, puis expédier aux consommateurs sous forme de colis classiques, hors du champ de la taxe petits colis. «Ces entrepôts vont servir à mettre toutes les références avec des mini-robots qui vont créer les paniers les uns après les autres ; des colis classiques qu’on recevra chez chacun d’entre nous en France et en Europe», décrit Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin au quotidien économique.

Ce qui change au 1er juillet

À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane européen de 3 euros par article viendra s’ajouter à la taxe française, portant le cumul à 5 euros par catégorie douanière. Ce n’est qu’au 1er novembre que le régime français sera remplacé par un mécanisme harmonisé à l’échelle de l’UE, rendant le contournement via le Benelux théoriquement moins rentable. D’ici là, les acteurs du retail et du e-commerce opèrent dans un entre-deux réglementaire où la taxe existe sur le papier, mais guère dans les faits.

Source Légifrance : Décret n° 2026-314 du 24 avril 2026 précisant les modalités de déclaration et d’acquittement aux services de la direction générale des finances publiques de la taxe sur les importations d’articles de marchandise contenus dans des envois de faible valeur.

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