
Au Pix Festival de Roubaix, rendez-vous professionnel des industries culturelles et créatives, mêlant des dimensions business, networking, et expériences, Xavier Koma, product manager App Kiabi montre comment l’IA transforme les pratiques quotidiennes des entrepreneurs, designers et product owners.
Au Pix Festival de Roubaix, festival professionnel des Industries culturelles & créatives de Roubaix, tout se déroule en direct, à l’écran, face au public. Xavier Koma, cofondateur de Product Family, une structure qui accompagne startups, PME et grands groupes sur la conception produit et les méthodes agiles et product manager de l’application e-commerce de Kiabi, qu’il pilote avec une équipe de deux développeurs iOS, deux développeurs Android et un product designer, a détaillée cinq cas d’usage en temps réel, issus de son expérience terrain.
Chez Kiabi, les outils d’IA générative sont désormais mobilisés pour des études de marché qui, auparavant, nécessitaient de passer par des agences extérieures. «Avant, il fallait passer par des agents pour dégrossir les sujets qui étaient peut-être un peu moins stratégiques», explique-t-il. Dorénavant, une application IA permet de réaliser de la recherche, de l’analyse de marché et du traitement de données en interne, de manière beaucoup plus agile.
Il décrit ainsi comment les équipes ont utilisé ces outils pour sonder le marché autour d’une nouvelle marque en cours de création, allant jusqu’au prototype interactif (pages produit, sites web, visuels) avant de soumettre l’ensemble à un panel de plusieurs milliers de personnes pour recueillir des retours. Un processus qui compresse considérablement les délais habituels de validation d’une nouvelle offre commerciale.
La gamification dans l’app, un levier activé en magasin
Toujours chez Kiabi, Xavier Koma mentionne un autre usage concret : l’intégration de mécaniques de gamification directement dans l’application mobile, articulée avec l’expérience physique en magasin. À l’état de test, le principe est simple : un client reçoit son ticket de caisse, le soumet via un code dans une roue de la Fortune incluse à l’app, et découvre s’il a gagné ou perdu, soulignant que l’ensemble des prototypes de ces fonctionnalités a été généré grâce à l’IA, pour accélérer la phase de brainstorming avant intégration par les équipes techniques. Cette approche illustre une tendance de fond dans le retail : l’IA ne remplace pas les développeurs, elle diligente l’exploration des possibles avant que les experts ne prennent le relais pour une mise en production solide et sécurisée.
La fracture entre outil imposé et outil adopté
L’un des moments les plus directs de la conférence porte sur la réalité du déploiement de l’IA dans les grands groupes. Face à une question du public sur la possibilité de faire tourner des outils IA en local pour protéger des données sensibles, Xavier Koma dresse un constat sans détour : l’AFM (Association familiale Mulliez) a développé son propre outil IA interne, une sorte de GPT. Résultat : personne ne l’utilise ; tout le monde va sur Claude d’Anthropic. Ce décalage entre l’outil imposé par l’organisation et les pratiques réelles des collaborateurs touche, selon lui l’ensemble des grands acteurs. «Les gros acteurs perdent l’avance que les startups, les TPE ont, à aller vite», analyse t-il, estimant que la rigidité des procédures internes ralentit structurellement l’adoption de l’IA dans les grandes entreprises, là où les petites organisations expérimentent sans attendre.
Les experts changent de rôle
Pour le professionnel, l’IA ne supprime pas les métiers d’expertise. «Si vous êtes expert dans votre domaine, vous resterez là», affirme-t-il. Ce qu’il décrit avec les outils comme Lovable ou Claude, c’est du «vibe coding» (une couche accessible pour prototyper rapidement, valider une idée, construire un MVP), mais pas une solution industrielle à grande échelle. «Pour faire du produit solide, scalable, il faut des experts.» Chez Kiabi comme ailleurs, l’IA génère les prototypes. Une équipe de spécialistes les intègre ensuite selon les standards de sécurité et de performance requis. La chaîne de valeur n’est pas supprimée, elle est réordonnée et c’est peut-être là la transformation la plus structurante pour les organisations du retail et du commerce qui cherchent encore leur équilibre dans la course à l’IA.
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