Le commerce traditionnel reste confiant face à l’essor de l’IA. L’audace et la capacité d’innovation permettent d’inventer l’avenir malgré et avec les évolutions technologiques selon les adhérents de la fédération Procos, dernièrement réunis pour leur assemblé générale.
«Nous devons rendre le Made in France désirable !» Serge Papin, ministre du Commerce, des PME, de l’Artisanat et du Pouvoir d’achat a martelé le slogan dans son message vidéo adressé aux participants de la conférence What’s next for retail organisée par Procos à l’issue de son assemblée générale. Cette fédération qui réunit 310 enseignes de commerce spécialisé, faisait plancher ses adhérents les plus en vue sur le sujet d’évolution du commerce, notamment face au défi de la nouvelle révolution numérique.

Homme politique mais aussi ancien commerçant, ex dirigeant du groupement Système U, Serge Papin a essayé de faire vibrer la fibre patriotique des chefs d’entreprise réunis dans la salle en leur présentant sa vision du futur : «L’IA nous permet de réduire les coûts, aussi avec plus de robotisation. Le commerce de demain ce sera produire ici, créer ici, investir ici !».

Cette vision qui se veut désormais institutionnelle, a vite rencontré ses contradicteurs. «Je ne suis pas d’accord avec Serge Papin. Il nous parle de ‘Made in France’ mais nous sommes dans la mondialisation», s’insurge Sébastien Bismuth, président de Celio. «Chaque pays a ses compétences et son expertise de production. Le Bangladesh n’a pas vocation à fabriquer des Rafale ou des iPhones, ou faire du luxe. Le luxe s’exporte dans le monde entier. Aujourd’hui, le gouvernement nous dit qu’il faut fabriquer en France. C’est comme si dans chaque pays on se disait «je ne veux plus acheter du luxe français, je dois faire mon luxe dans mon pays, et sous mon drapeau». Notre modèle est rattaché à la fabrication dans les pays émergents qui ont besoin de ce métier-là. Nous investissons au Bangladesh, nous y avons des bureaux, du personnel, des usines, nous y travaillons la RSE, nous aidons ce pays à se développer. Le textile est un métier qui demande des spécificités qui correspondent à des pays émergents, et pas à des pays développés».
Traduction : il ne sera pas facile de convaincre Celio de faire du Made in France. Ni même avec la robotisation, que le ministre cite en tant qu’outil permettant de faire baisser le poids de la main d’œuvre et par conséquent le prix du revient, de moins théoriquement. «Et si on se mettait à faire du textile en France avec des robots achetés en Chine, cela ne créerait pas beaucoup d’emplois !», ajoutait Sébastien Bismuth. Hélas, le ministre n’était pas présent pour le convaincre.
Le commerce traditionnel face à l’IA

D’autres intervenants expriment des préoccupations face à un avenir où l’économie productrice sera en partie sous-traitée à l’IA. Comme Laurent Milchior, co-gérant du groupe Etam : «Nous devons préparer nos entreprises et toute notre société à un monde où il y aura 30% de travail en moins. Quelles solutions ? Faudra-t-il mettre en place le revenu universel ? OK, mais alors quel sera son impact sur le salaire minimum ?». Le projet de revenu universel, appelé aussi revenu garanti, que la société verserait à tous les citoyens de façon inconditionnelle, sans contrepartie ni limite dans le temps, est un enjeu de débat public dans plusieurs pays dont la France. Cette épure pourrait impacter l’architecture salariale dans les entreprises. Et comment le financer ? «Devra-t-on taxer l’IA ?», s’interroge Laurent Milchior.

L’ombre de l’IA était présente dans nombre de prises de position. Toutes les entreprises du retail cherchent à y investir en espérant en tirer profit. Mais un chiffre circulait dans les débats, issu d’une annonce faite au salon Vivatech qui se déroulait en même temps : parmi les entreprises qui ont investi dans l’IA, qui utilisent de l’IA aujourd’hui, uniquement 6% ont un retour sur cet investissement. De quoi refroidir les ardeurs de ceux qui comptent tout miser sur la tech. Sans pour autant les contredire sur le fond. Car le défi aujourd’hui est de créer des passerelles entre les deux mondes, résumées par André Tordjman, président de Procos : «Nous devons faire coexister ceux qui ont grandi dans les magasins, qui viennent du commerce traditionnel qu’ils connaissent par le carrelage – et ceux qui connaissent le commerce par les pixels sur leurs écrans».

Le commerce traditionnel survivra-t-il à l’IA ? Le commerce est par nature résilient. Gérard Leclerc, président d’Intersport balaie la question : «L’audace et encore l’audace, c’est le mot clé ! Nous avons le droit d’inventer notre avenir quelle que soit la technologie !»
Et pour inventer l’avenir, il vaut mieux s’unir. C’est la conviction de Bernard Cherqui, président de l’Alliance du Commerce, une fédération qui s’adresse aux grands magasins, magasins populaires et autres enseignes dans le secteur de l’équipement de la personne. Le président de Mondial Tissus dans sa vie d’entrepreneur, est venu pour parler d’une initiative commune transpartisane à laquelle Procos participe aussi. Il s’agit de créer un Livre blanc du commerce, prendre la parole collectivement en s’adressant aux candidats de l’’élection présidentielle. Un groupe de travail est constitué entre les fédérations, le résultat devrait être prêt avant la fin de l’année. Julien Aubignat, qui prend ses fonctions de délégué général de Procos début juillet aura notamment la mission de renforcer l’action d’influence de la fédération et d’accompagner les mutations du commerce. Le temps presse.
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